Top of the Lake : Jane Campion se met à la série

Publié le 25 Mars 2013

Jane Campion se met à la série télé, alors forcément j'ai regardé !

Après Martin Scorsese et sa série télé Boardwalk Empire ou encore David Lynch et sa devenue culte Twin Peaks, c'est au tour de Jane Campion de développer son propre programme. La réalisatrice, faiseuse de petits miracles cinématographiques, je pense évidemment au merveilleux Bright Star ou encore au saisissant La Leçon de Piano, était déjà passé par la case télé dans les années 80 et 90, puisque Un Ange à ma table était originellement un feuilleton. Elle donne ici dans le thriller policier avec Top of the Lake, série à 6 épisodes, qui vient de débuter outre-atlantique. A sa tête, une héroïne, Robin Griffin, jeune détective, qui, visitant sa mère malade dans sa Nouvelle-Zélande natale, se retrouve appelée à enquêter sur le cas d'une jeune fille de 12 ans, Tui, enceinte de 4 mois et demie.

D'une intrigue déjà visitée maintes fois - la/le détective, qui revient dans le village qui l'a vu grandir et qu'il s'était empressé de fuir suite aux évènements tragiques qui s'y sont joués (la mort du père dans ce cas présent, les conflits avec sa mère et on le devine, le viol de l'héroïne)- Campion réussit à livrer un travail unique. Par son ambiance d'abord, pesante et aérienne tout en même temps, à l'image des paysages démesurés, magnifiques autant qu'effrayants. Cette nature sauvage et indomptable ne sera que le reflet de celle des habitants qui la peuplent, développés eux aussi de manière unique. Robin d'abord, héroïne tragique, forte et délicate, comme peut être le lac qui ne cesse de l'appeler à elle avec le doux chant de la mort, comme il l'avait fait avec Tui. Les deux jeunes femmes sont inévitablement liées, par leur histoire et leur détresse. Matt ensuite, le père visiblement incestueux de Tui et sorte de chef indien aussi cruel et indomptable que cette nature qui l'entoure. Le groupe de femmes blessées, enfin, mené par Holly Hunter, transformée en gourou féministe, aux cheveux longs et blancs (on ne peut s'empêcher de l'envisager comme l'alter-égo de Jane Campion elle-même), venue s'installer sur une terre appelée ironiquement "paradis". A travers elles se cristallise le message d'arrière plan de la série, autour d'une domination masculine et violente, aussi meurtrière et destructrice que peut l'être l'eau du lac. L'ennemie est identifié, plus que la nature, c'est l'homme lui-même, pédophile, incestueux, violent, méprisant ou encore étouffant.

Ces femmes constituent également le ressort comique de l'ensemble, car Campion a compris que le ridicule fait partie entière de la tragédie. Tragique le propos l'est, développé dans une atmosphère énigmatique et pesante, en prenant son temps. On reconnait là la réalisatrice qui n'en fait jamais trop, ne va jamais trop vite, et offre ainsi une place primordiale à chaque geste, esquisse de parole ou mouvement de vent dans les arbres, comme autant de moments de poésie. Les acteurs prennent une grande part dans ce morceau poétique, Elisabeth Moss (Mad Men) montre son talent, mais c'est surtout Peter Mullan (acteur britannique vu dans les excellents Tyrannosaur et Boy A) qui s'impose une nouvelle fois comme un grand parmi les grands, dans son rôle de chef de clan ultraviolent et alcoolique.

Vous l'aurez compris ça c'est de la bonne série comme on les aime, intelligente, délicate et prenante. Un travail de haute volée qui donne une nouvelle fois ses lettres de noblesse à la série télévisée. Diffusée prochainement sur Arte et hop le trailer qui donne envie !

Top of the Lake : Jane Campion se met à la série

Rédigé par Kamille

Publié dans #Critiquetélé, #JaneCampion

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